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  • Mais qui a mis l’amour à mort?

    12 12 2009

    Pensant toujours à votre bien être, car vous savez à quel point je vous aime public chéri mon amour, j’ai décidé après mûre réflexions, et après avoir entendu quelques atrocités ignobles sorties de la bouche de décérébrés mentaux (enfin, j’ose l’espérer), qu’il était temps pour moi de remettre le préservatif au Milieu du village, et de vous parler un petit peu de cette maladie courante et rampante qui emplit vos cauchemars (et vos déchets post coïtaux pour certains).

    N’ayant pas la prétention de tout savoir et tout connaitre, et sachant à quel point certains font fi de mes leçons (n’est-ce pas A. ? Il semblerait que ce jeune homme n’ait toujours pas bien compris, à ce rythme là il pourra accueillir des vols longs courriers à lui tout seul!), j’ai préféré laisser la parole, pour quelques lignes, à l’un des acteurs de la lutte contre le sida en notre petit pays… Je vous laisse donc en l’agréable compagnie d’Ex Aequo (et retenez la leçon, je procèderai à une sévère interrogation!)…

    Je commencerai donc assez simple, pour ceux qui ne vous connaissent pas, pourriez vous expliquer un peu ce qu’est exactement Ex Aequo? Quels sont vos buts, vos méthodes, vos attentes?

    Créée en 1994, Ex Aequo est une association mandatée pour faire de la prévention du VIH et des IST chez les hommes homo/bisexuels sur l’ensemble de la Communauté française, et qui de manière plus large, vise aussi la promotion de la santé des gays et des lesbiennes. Nous sommes une équipe constituée de quatre salariés, et sans nos volontaires qui nous aident à diffuser nos actions, nous serions bien incapables d’atteindre nos objectifs !

    Après une petite trentaine d’années de lutte contre le SIDA, où en sommes nous exactement à l’heure actuelle? Et quid de l’état de notre chère Belgique quand à cette pandémie?

    Si depuis 1996 et l’arrivée des traitements anti-rétroviraux, appellés aussi tri-thérapies, le vécu de la maladie a beaucoup évolué (confort de vie, réduction du nombre de décès), malheureusement au-delà de l’aspect médical, la lourdeur de la séropositivité n’a pas changé que ce soit dans le domaine affectif et sexuel. Les séropositifs continuent à vivre de nombreuses discriminations, et ceci dans le milieu gay aussi.

    Les dernières statistiques (diffusées dans le cadre du 1er décembre 20091) montrent que le public des hommes homo/bisexuels sont malheureusement de plus en plus touchés par de nouvelles contaminations. Cette année, les nouveaux diagnostics ont augmenté de 20% par rapport à l’année précédente, ce qui fait que les hommes homo/bisexuels représentent 48% de l’ensemble des nouveaux diagnostics. Ce qui veut dire que notre public est surreprésenté car le public homo/bi ne représente évidemment pas 48% de la population. Par ailleurs, on observe aussi une augmentation du nombre des IST2 chez les gays séronégatifs comme séropositifs. Tous ces éléments montrent une baisse de vigilance face au risque de contamination, et l’importance d’augmenter les actions de prévention dans ce milieu.

    « Le sida, je connais quelqu’un qui en a guérit », qu’avez vous à répondre à ce genre de propos? Qu’en est-il exactement aujourd’hui quand à la lutte contre le SIDA?

    A l’heure actuelle, on ne guérit toujours pas du Sida, mais on peut traiter et donc réduire les problèmes causés par le virus (cfr. tri-thérapies). Pour ce faire, un suivi médical chez un infectiologue est nécessaire pour « tenir le virus à l’œil », et instaurer un traitement dès que c’est nécessaire.

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    Le SIDA, malgré le matraquage effectué autour, reste une grande inconnue pour beaucoup, se croyant « protégés », ou ayant « confiance » suffisamment en leur partenaire que pour se passer de protection, ce sans test (ou se croyant capables de discerner cela au feeling). Pourriez vous rappeler ce qu’il est exactement, et la façon dont il se traduit, mais aussi les dangers encourus?

    Il est tout à fait illusoire de se baser sur ses sentiments – confiance ou « feeling » – pour évaluer si on a pris un risque ou pas, ou si l’on doit se faire tester ou pas. La plupart des contaminations se font par des personnes qui ignorent leur séropositivité, et contrairement à ce que l’on peut croire, le plus souvent par un partenaire connu.

    Il est important de protéger tous les rapports sexuels, et de n’abandonner la capote que lorsque les deux partenaires sont tout à fait sûrs de leur séronégativité (sur base d’un test fait trois mois après la dernière prise de risque). Par ailleurs, si un couple décide de ne plus utiliser de capotes, il faut que le contrat de protection soit très clair en cas de contacts sexuels avec un ou d’autres partenaires.

    Si on a pris un risque, il faut attendre les trois mois nécessaires avant de réaliser le test de dépistage, et surtout de protéger les rapports sexuels dans l’attente des résultats. Par ailleurs, pour savoir si l’on doit faire un test, il est impossible de se baser sur des symptômes supposés d’une contamination (appelée séroconversion). Car toutes les personnes nouvellement contaminées ne présentent pas ces symptômes qui varient en plus d’une personne à l’autre.

    Si l’on a pas envie de se rendre chez son médecin traitant pour faire un test, il existe des centres de dépistage spécialisés, où l’anonymat est respecté.

    On parle beaucoup de relapse (relâchement par rapport au préservatif & autres) à notre époque, alors que les campagnes de prévention se font de plus en plus présentes, comment l’expliquez-vous? Que voudriez vous faire pour conscientiser les gens?

    Le relapse peut s’expliquer par plusieurs facteurs ;

    D’une part, l’arrivée des trithérapies qui ont paradoxalement banalisé la maladie, aujourd’hui perçue comme moins dangereuse. La représentation fausse de ces trithérapies considérées comme un traitement anodin alors que c’est loin d’être le cas. Pour ceux qui commencent leur vie sexuelle, le manque d’information est préoccupant et surtout le fait que cette information est souvent lacunaire et erronée.

    Pour ceux qui ont commencé leur vie sexuelle avec le Sida, le relâchement peut s’expliquer par un certain ras-le-bol. Vivre une sexualité épanouie avec une épée de Damoclès au-dessus de soi peut conduire à un découragement et à certaines prises de risque.

    On observe aussi que certains gays séropositifs se protègent moins ou pas. C’est oublier qu’ils pourraient contracter une autre souche virale, et donc un VIH plus agressif, ou d’autres IST. Les co-infections (notamment VIH et hépatites B ou C) sont d’autant plus difficiles à traiter.

    Les campagnes doivent d’abord servir à informer notre public. Cette information doit être continue pour pouvoir toucher ceux qui démarrent leur vie sexuelle et maintenir la vigilance chez les autres.

    Si Ex Aequo est un bon producteur d’outils via des campagnes, brochures et website, il faudrait développer un travail plus en profondeur sur le terrain, aller à la rencontre de ce public très diversifié. L’un des défis est aussi de toucher les hommes qui ont des pratiques homos s’en pour autant s’identifier comme gays et qui fréquentent certains lieux où des actions de prévention sont plus difficiles à mener, pensons notamment aux parcs et parkings. La prévention dans les saunas doit aussi être renforcée.

    Par rapport aux dernières campagnes justement, ne trouvez vous pas le ton un peu trop « gentillet » face à cette maladie? Beaucoup pensent qu’à l’heure actuelle, il est facile de vivre avec cette maladie, grâce aux traitements, le ton ne devrait-il pas être un peu plus forcé, afin que les gens se rendent vraiment compte de ce que c’est?

    Après des années d’expérience dans la prévention, on peut dire avec certitude que les campagnes agressives, choquantes, qui font peur sont généralement contre-productives (voir en parallèle les horribles photos sur les paquets de cigarettes que plus personne ne voit). Par ailleurs, dans notre société saturée d’images publicitaires, il difficile de se faire voir et encore moins de se faire entendre. De plus, on parle quand même de sexualité, donc de quelque chose d’intime et ce n’est pas toujours évident de toucher le plus grand nombre avec un message clair et simple.

    A cet égard, notre dernière campagne destinée spécifiquement au milieu gay met en lumière la stigmatisation des gays séropositifs en son sein. Avec son visuel clair – un couple d’homme – et son slogan : « Si tu es prêt à l’entendre, je suis prêt à te le dire. Séropositivité, n’en faisons plus un tabou », nous espérons que lutter contre « l’invisibilisation » des gays séropositifs, et montrer aussi que la responsabilité de parler de séropositivité ne doit plus être mise que sur les épaules des séropositifs.

    Et maintenant, l’exercice traditionnel que tout le monde attend: un dernier mot pour Gayssips?

    D’abord merci pour la demande d’interview, ça fait plaisir car souvent nous devons faire le pas pour « vendre » de la prévention sur les sites internet. C’est aussi l’un des défis d’aujourd’hui, être présent sur le web à travers les sites de rencontres, d’associations ou de commerces. Merci d’y participer !!!

    Liste des centres de dépistages

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